Taiyang, point hors méridien n°5 : le grand Yang

Le second point hors méridien selon la classification traditionnelle en médecine chinoise est Taiyang. Alors que les étudiants de Shiatsu ne le connaissent pas bien, en revanche tous les pratiquants d’arts martiaux le connaissent parfaitement. Et pour cause : il peut être utilisé comme un point vital et/ou comme un point de soin. Explorons-le.

Auteur : Ivan Bel

Comme son nom l’indique, Taiyang signifie simplement « Grand Yang » ou plus simplement encore « Grand soleil ». Lorsqu’un point contient le terme Yin ou Yang, il faut avoir le réflexe de s’y intéresser de près, car les noms ne sont jamais donnés au hasard et la notion de Yin et Yang est toujours importante du point de vue énergétique. Mais s’il est précédé du mot « grand », alors il faut ouvrir grand les oreilles et les yeux, car la tradition nous signale que ce point est important et vaut qu’on s’y attarde.

Localisation du point HM5

Pour trouver Taiyang, il faut partir de la pointe externe du sourcil et d’y ajouter un pouce. Mais il ne faut pas aller tout droit, c’est-à-dire ne pas être parallèle au sol. Pour le trouver très exactement, tracez une ligne médiane entre VB1 (bord externe de l’œil) et TR23 (bord externe du sourcil), et ajoutez un pouce à partir de TR23. Vous sentirez une dépression dans l’os du crâne puisque vous vous trouvez alors en plein centre de la tempe.

 

Utilisation en shiatsu thérapeutique

En fait, vous connaissez déjà ce point. En effet, lorsque nous avons mal à la tête, nous avons tous comme réflexe de venir masser les tempes pour soulager la douleur et tenter de diminuer la pression. Idem quand nous sommes fatigués mentalement, après des révisions importantes par exemple. La zone des tempes est l’endroit où l’os sphénoïde est le plus fin, le plus mince. Par conséquent, tout massage ou pression à cet endroit à un fort effet sur le cerveau. C’est pourquoi ce point est fréquemment utilisé pour soulager les céphalées, chasser la pression dans la tête ainsi que les excès de chaleur. En d’autres termes, Taiyang est efficace pour les montées de Yang à la tête qui provoquent chaleur et céphalée. Les tableaux pathologiques les plus couramment associés à ce point sont donc la montée du Yang du Foie et le Feu du Foie.

Mais on se souviendra aussi que le visage est particulièrement sensible aux attaques du Vent et aux changements climatiques. Par conséquent, Taiyang va être capable de chasser le Vent-Chaleur et réduire les tensions temporales qui à leur tour sont créatrices de douleurs à la tête.

Comme on peut le voir sur l’image ci-dessus, la zone est largement irriguée en nerfs. C’est pourquoi anatomiquement le point Taiyang possède également une action sur les nerfs trijumeau, ophtalmique, mandibulaire, maxillaire, lingual et alvéolaire inférieur. Par voie de conséquence, son action thérapeutique s’étend aux troubles oculaires, à la baisse de vision, aux rougeurs et enflures des yeux, déviation de la bouche et des yeux, douleurs dentaires, vertiges, acouphènes et névralgie du trijumeau.

Cette longue liste d’effets potentiels en fait un point essentiel qui va rapidement devenir l’un de vos outils favori à mettre dans sa trousse des points pratico-pratique.

Un point à utiliser avec douceur

Comme dit précédemment, à cet endroit l’épaisseur de l’os crânien – la grande aile du sphénoïde- se fait plus fine. Il est donc important d’effectuer une pression douce, voire très légère, à adapter selon la sensibilité du receveur. Lorsque la douleur est trop intense il est également possible de tourner tout autour afin de le stimuler sans pression directe.

La sensibilité de ce point et la fragilité de l’os à cet endroit en fait un point particulier du corps que les pratiquants d’arts martiaux connaissent bien. Une frappe puissante sur Taiyang peut fissurer ou franchement casser cette partie de l’os, entraînant des dommages irréversibles au cerveau, voire la mort. Il existe toute une série de points semblables à celui-ci mieux connus sous l’appellation générique de « points vitaux »

Taiyang, on l’a vu, peut avoir deux sens. Dans le sens martial, après une frappe on peut avoir un véritable éblouissement, ou plus populairement parlant on voit 36 chandelles. Cette idée de lumière après un coup violent est reprise dans la traduction « Grand soleil » et nous informe donc du danger qu’il y a à le maltraiter. Dans l’excellent livre d’Henri Plée et Fujita Saiko sur les points vitaux[i], on peut voir la zone temporale (dénommée en japonais komekamibu) comme étant l’une des 54 zones sensibles situées sur la face antérieure. Le point lui-même fait partie des 26 points vitaux de la face antérieure, et s’appelle Kasumi (霧 qui se lit Kiri). Sa traduction signifie « brouillard », ce qui veut dire que la personne est plongée dans le coma si elle est frappée à cet endroit.

Mais revenons au shiatsu qui a pour sa part pris le parti de la vie et du maintien de son équilibre. Taiyang, comme les autres points associés au Yang, nous renvoi donc à cette force du Ciel qui anime la vie, qui amène à la juste chaleur (ni trop -ni trop peu) nécessaire à la vie. Toutefois, cette vie est une question d’équilibres subtils entre de nombreuses forces en présence et il faut être avisé, conscient et constant pour savoir quelle sera la pression correcte qui rétablira l’harmonie. Taiyang pris au premier degré est donc un point hors méridien avec des effets thérapeutiques intéressants. Mais pris au second degré, Taiyang nous renvoie à nous-même et à notre capacité à faire surgir la lumière.

Bonne pratique.

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[i] « L’art sublime et ultime des points vitaux » chez Budo Editions, 1998, Plée & Fujita. Voir pages 188 et 190.