European Shiatsu Congress : une aventure dans le Shiatsu

Fin septembre dernier, Philippe Banaï et Ivan Bel (membres du CA de l’UFPST) sont allés tester pour vous le Congrès Européen de Shiatsu (ESC) qui se tenait à Vienne (Autriche). Pendant quatre jours, ce fut un flux incessant d’ateliers, de conférences et de partages d’expériences. Au programme : shiatsu matin, midi et soir ! Petit compte-rendu sur cette aventure.

Auteur : Ivan Bel

Pour la première fois de son histoire, l’ESC se tenait à Vienne et pour cette occasion, les organisateurs autrichiens ont mis les bouchées doubles sous la direction de Mike Mandl de l’école Hara Shiatsu. Dès l’arrivée dans la rue où se trouve l’école organisatrice (Hara Shiatsu) nous tombons sur un grand panneau vantant l’événement, alors que nous sommes encore à 250m. Un peu plus tard, c’est une immense tente qui sera déployée pour offrir des traitements aux passants. Il est donc difficile pour les passants de cette grande rue semi-piétonnière d’ignorer ce qui se trame. Nous passons une porte cochère pour nous retrouver dans une cour intérieure qui sépare d’anciens bâtiments industriels. Dès l’accueil nous formalisons notre enregistrement et recevons un pack de bienvenue composé d’un sac en toile, d’une gourde en métal (pour ne pas mourir de soif pendant les cours), un cahier de notes, un fascicule pour nous repérer dans les cours, stylo, autocollants « I love shiatsu », des tickets d’entrée pour les cours qui ont été réservés et un tenugi en tissu éponge, le tout estampillé du logo de l’événement. C’est une délicate attention qui nous met d’entrée de bonne humeur.

Le fascicule reprend tous les cours et les plans du quartier, ce qui nous sera constamment utile. Rendez-vous compte : 10 salles de cours à travers le quartier dans un rayon de 20 min maximum à pied, 500 participants, 70 bénévoles pour guider tout ce monde, 45 cours et conférences, une trentaine d’enseignants et des tonnes de tatamis partout pour pouvoir s’allonger et pratiquer. Philippe et moi, en bons organisateurs d’événements passés, sommes admiratifs de l’organisation. Tout semble rouler comme sur des patins bien huilés. Bien sûr, il ne nous sera pas possible de suivre tous les cours sur 4 jours, car il y’a 3 cours par jour + 1 conférence. Mais nous avons fait nos choix et ciblé ce qui nous a semblé prometteur.

1er jour : la journée commence fort pour Ivan avec une démonstration de Tuina par la professeure Ji Jie Wei. Bien sûr ce n’est pas du Shiatsu, mais justement c’était très intéressant et rafraîchissant. Et puis pour les étudiants et praticiens de l’UFPST, rien n’était vraiment surprenant. Ji Jie débute par demander comment va le volontaire qui est venu s’en remettre à elle. Un problème d’estomac ? Observation de la langue qu’elle commente en temps réel, puis écoute du pouls qu’elle commente après coup, car cela prend au moins cinq minutes d’intense concentration. Le diagnostic ne se fait pas attendre : vide de la Rate, plénitude du Cœur, faiblesse du Poumon. Ce qui change avec le Tuina c’est la manière de toucher et de mobiliser le corps. La pose d’ampoules sur le dos est une autre surprise, mais comme on aime les surprises, on ne boude pas notre plaisir.

Ji Jie Wei

Dans la foulée on enchaîne avec Diego Sanchez, professeur de Shiatsu uruguayen, avec une grosse expérience dans le monde hospitalier, notamment dans un service en chirurgie cardiaque à New York. L’homme est sympathique, grand et direct. Il ne tourne pas autour du pot et nous raconte ses bonheurs et ses malheurs. Bien sûr il a tâtonné à ses débuts, bien sûr il a eu peur de rentrer dans l’univers médical, mais après plusieurs années, il peut raconter ses petits trucs, notamment sur la manière de communiquer et de parler du Shiatsu avec les médecins. C’est un bel exemple d’échanges d’informations et de retour sur expérience. On a appris pas mal de choses. Une petite démo et déjà il est l’heure de déjeuner.

Diego Sanchez

L’après-midi nous participons à un atelier dynamique et plein de joie avec Bill Palmer et Teresa Hadland, qui sont mari et femme à la ville comme au Shiatsu. L’atelier portait sur le ressenti corporel, l’équilibre intérieur et bien sûr sur son thème de prédilection : le développement de l’enfant à travers les méridiens classiques chinois (Yang Ming en l’occurrence). Toujours plein d’humour et de vitalité, le couple nous a donné l’occasion de beaux fous rires. En pratique nous avons aussi expérimenté le Shiatsu en « vol libre ». Je m’explique ! On place la main sur le receveur sans réfléchir et sans chercher, là où cela nous semble le plus approprié. Ensuite, nous devions faire un traitement sans contrôler les mains ni même réfléchir à quelques théories que ce soit. Et c’est avec un grand plaisir que pour les praticiens expérimentés comme pour les étudiants, on laisse le corps faire ce qu’il veut, les mains aller où elles veulent et même sortir des techniques de pression habituelles. Surprise ! Cela fait un bien fou au donneur et au receveur à la fois. Mais comme le rappelle justement Philippe, pour oublier et se laisser aller, il faut avoir quelque chose à oublier. L’apprentissage est donc une étape obligatoire pour mieux s’en libérer.

Bill Palmer

Nous finissons cette journée par une intéressante discussion sur l’avenir du Shiatsu, les enjeux nationaux et européens. Mais la fatigue nous gagne, vite au lit.

2e jour : ce matin une douche rapide et nous repartons au pas de course. Je commence par rattraper en petit comité une conférence avec Sheamus Connor, le seul lobbyiste du Shiatsu au niveau européen. Il nous raconte qu’après des années à vouloir faire reconnaître le Shiatsu, il s’y est cassé les dents. Mais depuis quelque temps, sa stratégie est de jouer sur le droit fondamental européen qui donne à tous citoyens le droit de travailler. C’est imparable, mais les fonds manquent et la communauté du Shiatsu semble ne pas se motiver ni se rassembler alors que tout le monde souhaite une reconnaissance du métier. Travaillant pour le compte de l’European Shiatsu Federation, les cotisations des fédérations manquent cruellement, surtout depuis le retrait de l’Angleterre. Qu’attendons-nous pour les rejoindre et faire bouger les choses ?

Seamus Connor

Mais il nous faut vite changer de lieu pour découvrir Gabriella Poli. Pionnière du Shiatsu italien, elle propose un atelier pratique sur l’utilisation des fascias dans le Shiatsu. Nous avons le droit à un vrai cours sur les fascias et sa manière de les toucher. Une démonstration nous convainc rapidement de l’efficacité de la méthode. Aussi tout le monde se retrousse les manches et nous commençons à faire bouger les tissus, puis les membres, sans bouger les mains. Passionnant ! Il y’a clairement matière à creuser cette piste et à la mêler avec des pressions pour en augmenter les effets.

Gabriella Poli

L’après-midi c’est Shin So Shiatsu de Tetsuro Saito. Absent pour raison de santé, ce maître japonais basé à Toronto nous fait quand même le plaisir d’un petit coucou par visioconférence. Puis c’est son représentant pour l’Italie, Pietro Roat, qui nous fait les explications. La théorie est complexe : chaque méridien est composé de 3 lignes, soit 72 méridiens au total. Mais pour les trouver, il utilise un test corporel à la façon de la kinésiologie, ce qui permet de repérer rapidement les points, mais aussi les effets des aliments, des produits addictifs, des médicaments. On teste, ça marche. On repart étonné.

Pietro Roat

Le soir, conférence avec deux panels de spécialistes du Shiatsu, chacun sur une question différente :

  1. Quelle est la différence entre le shiatsu actuel et le shiatsu d’origine. Existe-t-il une tradition dans le shiatsu ?
  2. Quel est le rôle du langage dans le Shiatsu ?

J’ai apprécié le rôle des animateurs qui ne cherchaient pas à laisser les intervenants sur leurs positions, mais posaient volontairement des questions provocatrices. Pour absorber toutes les réflexions entendues, nous finissons dans un restaurant devant un bon plat de pâtes et en très bonne compagnie avec quelques grands noms du Shiatsu européen.

3e jour : soyons honnêtes, le réveil fut plus difficile que les jours précédents. Il faut dire que de 9h du matin à 11h du soir, on ne s’arrête pas beaucoup.

Découverte de Peter Itin, là aussi un pilier du Shiatsu européen, qui nous montre comment faire bouger l’énergie avec le langage. D’origine suisse allemande, son approche ressemble à de la suggestion hypnotique, puis il passe au Shiatsu. Voilà une approche intéressante, un peu plus psychanalytique que celle du toucher, pour ceux qui s’intéressent au pouvoir des mots.

Peter Itin

Le cours suivant est ambitieux. Son titre propose : la mission – résoudre la douleur. C’est le japonais Ryokyu Endo qui s’y colle. Il nous offre plusieurs démonstrations de traitements dans le plus pur style du pays du soleil levant. Vous avez dit « itaï »[1] ? Vous n’y êtes pas encore. Au Japon plus le traitement est fort et douloureux, plus il est apprécié. Ici les traitements sont, à en juger par les réactions des volontaires, très douloureux et avec très peu de points (trois ou quatre). Mais force est de constater que la personne peut à nouveau bouger ou que la douleur a disparu. Mais en bon européen que nous sommes, on ne peut s’empêcher de se demander si l’on n’arriverait pas au même résultat avec de la douceur. En tout cas, c’est impressionnant.

Ryokyu Endo

Je l’avoue, j’ai un peu flâné par la suite. Un congrès c’est l’occasion de retrouver des amis venant de toute l’Europe, de rattraper le temps perdu, de découvrir des enseignants qui comme nous jouent aux étudiants et des étudiants plein de sève et qui viennent me parler de leurs projets d’écoles. Que du plaisir et quelques verres de bonne bière locale aussi. Et puis, le soir c’est gala, buffet et danse jusqu’à tard le soir…

4e jour : le cours du matin est plutôt… vide. Il faut dire que beaucoup ne se sont pas remis de la soirée précédente et dorment sans doute encore profondément. Seuls les fous comme nous sont déjà debout pour suivre une étude sur le Burn-out. On retrouve parmi le public Diego Sanchez et notre amie Leisa Bellmore qui est une grande chercheuse sur le Shiatsu.

Nous devons enchaîner avec un cours pour le Shiatsu pour les bébés, mais nous décidons de ne pas changer de salle et de suivre à nouveau Bill Palmer et Teresa Hadland. Ce n’était pas prévu, et c’est aussi ce qui fait le charme des congrès et du Shiatsu : il ne faut pas toujours suivre les règles. Cette fois le couple nous aide à contacter le son que font les organes. La technique est assez amusante, mais nous cessons de rire lorsqu’ils arrivent à nous faire prendre conscience des différentes personnalités organiques (les fameux esprits viscéraux) qui nous habitent. Les personnes sont tellement habités par l’un ou l’autre esprit qu’il est difficile à certains de ne pas hurler ou pleurer. C’est pour le moins troublant et très puissant. Puis, nous travaillons sur le gros intestin par le biais d’une connexion, un peu à la façon des fascias avec Mme Poli. Le mouvement interne de l’intestin et le relâchement des tissus conjonctifs sont tels que l’esprit se calme et les blocages disparaissent. Encore une fois à la fin de l’atelier la salle fait une standing ovation à ces enseignants de grands talents.

De bons moments dans les ateliers pratiques

Conclusion : ce petit résumé de nos aventures n’est qu’un pâle reflet de tout ce qui était proposé. Qu’on en juge par les titres des ateliers : Burn-on with shiatsu, Love is the best therapy, shiatsu and altered eating behavior, shiatsu beyond therapy, shiatsu a therapy for the soul, attention kids : be strong like a samurai, deep contact with shiatsu, the post Masunaga Shiatsu evolution , working with children with cancer, shiatsu and rehabilitation, shiatsu business language, shiatsu with trauma clients, the language of the beginners mind, shiatsu and gynecology… et bien d’autres encore.

On regrettera qu’il y’ait eu un peu trop de discours et pas assez de pratique, mais ce n’est pas très grave. Nous avons passé 4 jours formidables et avons pu toucher du doigt une communauté européenne active et passionnée. Après cela, on se sent un peu moins seul et la poitrine pleine d’espoirs pour le prochain congrès qui aura lieu en 2020. Et vous, y serez-vous ?


Note :

  • [1] On peut traduire itaï par « douloureux » ou « ça fait mal » !