Les différents styles de Shiatsu

Ch'en_Hung-shou_002Le Shiatsu est une technique qui fait preuve d’une grande vitalité, et qui est si vivante qu’elle se décline en de nombreux styles et écoles. Cette vitalité vient directement du Japon d’une part, et d’autre part de ses évolutions en occident. Pour y voir un peu plus clair, faisons le point sur les courants que nous avons pu recenser.

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Par Ivan Bel, avec l’aide efficace de Francesca Saetta-Villareal. Un grand merci pour la collaboration de Frans Copers, Palle Dyrvall, Bernard Bouheret, Valérie de Vuyst, Michel Odoul et Isabelle Laading pour leur soutien amical à ce projet pas facile.


Distinction des styles de Shiatsu

Afin de bien comprendre les différences qui existent entre les écoles de Shiatsu, ce sont les critères qui les distinguent. On peut d’ores et déjà distinguer les écoles qui suivent les méridiens classiques issus de la médecine chinoise, et ceux qui suivent les méridiens spécifiques propres à Masunaga senseï.

Ensuite, les variations entre les styles vont porter entre ceux qui font davantage un travail mécanique du corps, ceux qui travaillent sur les méridiens ou encore ceux qui sont plutôt axés sur le cadre théorique (notamment des 5 éléments) ou sur les points de traitement (tsubos) comme le font les acupuncteurs.

On notera également des différences dans l’approche de l’observation pour établir le diagnostic énergétique de l’individu. Là encore, certains vont favoriser la lecture du corps (posture, déplacement, etc.), la lecture globale de l’individu (corps-esprit-habits-nutrition-relations sociales, professionnelles, etc.) ou utiliser uniquement les quatre étapes à l’orientale (bonshin, bunshin, monshin et setsuchin). De plus, les systèmes de décryptages peuvent varier d’une école à l’autre. Par exemple, la lecture du ventre (hara) comporte une vingtaine de variations selon si l’on procède à une lecture anatomique ou énergétique.

Pour résumer, on peut dire qu’il existe donc trois grands courants de Shiatsu :

  1. Le shiatsu structurel (qui s’intéresse à l’anatomie)
  2. Le shiatsu des méridiens (qui harmonise l’énergie)
  3. Le shiatsu médical (qui utilise la médecine chinoise)

Il existe bien entendu toutes les variations possibles entre ces trois grands axes. Cette catégorisation permet d’y voir plus clair, mais en aucun cas de les juger, notamment en termes de niveau. Pour chacune de ces catégories, on peut avoir au moins trois niveaux de compétences :

  1. Capacité à faire du shiatsu de détente / bien-être, que l’on appelle également shiatsu familial
  2. Capacité à faire du shiatsu d’harmonisation des méridiens, alias shiatsu énergétique
  3. Capacité à répondre à des troubles physiologique ou psychologique, alias shiatsu thérapeutique

Ces capacités dépendent bien entendu du niveau des praticiens et du type de formation suivi.

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Une tradition bien vivante en occident

Il faut savoir que si les écoles japonaises historiques (Namikoshi, Masunaga, Koho et Kuretake) sont généralement les plus connues et les mieux diffusées (parce que les plus anciennes), des créations occidentales ont également vu le jour. Comment cela se fait-il ? Tout d’abord, grâce au dynamisme de maîtres japonais en Europe et en Amérique du Nord comme Shizuto Masunaga, Yuichi Kawada, Wataru Ohashi, Kazunori Sasaki ou encore Mutsuro Nakazono, Shizuku Yamamoto, Kobayashi Akimoto et quelques autres. Grâce à cela, depuis plus de 30 à 50 ans (selon le pays), de grands professeurs occidentaux ont pu développer leur propre vision du Shiatsu.

Ensuite, la vision scientifique occidentale a su s’adapter et enrichir le shiatsu, lui donnant parfois une profondeur très différente de la version japonaise, mais non moins intéressante. Des associations ou des congrès de recherche scientifique sur le shiatsu et ses effets sont nés un peu partout (surtout dans les pays anglo-saxons ou dans le nord de l’Europe) et donnent des résultats prometteurs pour cette discipline.

Enfin, le retour aux sources chinoises et le croisement des connaissances avec l’acupuncture sont d’autres facteurs à tenir en compte. Les Occidentaux avec leur soif de recherche ont souvent fait de nombreuses recherches dans les textes anciens, allant droit à la source de la médecine extrême-orientale, c’est-à-dire la médecine chinoise. Parmi les francophones dans ce cas-là on peut citer Bernard Bouheret, Jean-Marc Weill, Frans Copers, Michel Odoul, feu Thierry Reisser et Vincent Folke qui lui succède et quelques autres que je n’ai pas le plaisir de connaître encore. Chez les Anglo-saxons on peut regarder du côté de Bill Palmer, Pauline Sasaki, Suzanne Yates, Michael Rose, Carola Beresford-Cooke et bien d’autres.

Lors de mon passage au Japon, les plus grands maîtres de shiatsu m’ont avoué que le shiatsu au Japon n’avait su préserver que très peu de son héritage et que – aveu pour le moins troublant de la bouche des maîtres – ce sont les Occidentaux maîtrisant le Ki qui étaient maintenant les gardiens de la tradition. Frappé par ces mots, je me suis tourné vers les grands noms du Shiatsu francophone qui m’ont tous confirmés avoir entendu la même chose. Tout comme le Yin et le Yang, tout change et rien n’est immobile.

C’est pour toutes ses raisons que de nouvelles écoles ou styles apparaissent en occident, sans que cela soit ni un problème ni une insulte faites aux fondateurs, mais bien la preuve d’une réussite extraordinaire de l’implantation du shiatsu en occident. On repensera à ces phrases issues de la période des Royaumes Combattants en Chine (de -200 à +200 ans), période faste de l’inventivité technique et de la pensée philosophique chinoise : « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent ».

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Les styles de Shiatsu

Il a existé un grand nombre de formes d’acupression dans l’histoire japonaise, mais à la fin des années 70, la plupart de ces styles ont disparu avec leur chef de file. Voici les styles et écoles de shiatsu que l’on peut trouver et étudier de nos jours.

Shiatsu Namikoshi

Tokujiro Namikoshi (1905-2000) a créé sa propre école de shiatsu, parmi bien d’autres courants, en 1940. Il suggère alors à son fils Toru de se former à la chiropraxie aux États-Unis. Si bien que dans le shiatsu de Namikoshi s’établit une relation entre colonne vertébrale et viscères. Ce shiatsu rejoint la sympathico-thérapie ou réflexologie. Ce type de shiatsu est accessible avec une relative aisance, car il se passe aisément de références à la Chine et à sa médecine, et se concentre sur la technique du soin. Il est certainement, de ce fait, le shiatsu le plus répandu dans le monde, et se veut avant tout une technique de toucher. Le shiatsu Namikoshi, largement répandu au Japon (80% des praticiens) et enseigné dans les écoles d’État japonaises. Son siège est le Japan Shiatsu College à Tokyo qui est dirigé par Kazutami Namikoshi et son fils Yuji Namikoshi.

Koho Shiatsu

Le professeur Ryūhō Okuyama, (1901-1987), est contemporain de Tokujiro Namikoshi et ces deux praticiens-enseignants se fréquentaient régulièrement. À cette époque, des congrès et rencontres de praticiens étaient régulièrement organisés et regroupaient parfois des centaines de professionnels. Namikoshi père et fils étaient d’ailleurs présents aux funérailles du professeur, à Omiya. Mais leurs sources d’apprentissage ont été différentes et Ryūhō Okuyama fut notamment disciple du professeur Hirata, médecin de médecine traditionnelle Kampo (japonaise). L’orientation du Kōhō Shiatsu, fondé sous cette appellation en 1941, est donc d’emblée médicale. Le shiatsu Koho a été, dès 1975, la forme de shiatsu enseignée de façon organisée au sein de la première école et première fédération française de shiatsu (FFSTJ), par un kinésithérapeute diplômé d’État, Thierry Riesser (décédé en 2010), ayant également exercé et enseigné à Kyoto, au Japon. Le surnom du Koho Shiatsu est « Shiatsu médical ».

Iokaï Shiatsu / Zen Shiatsu

Fondé par Shizuto Masunaga (1925-1981), celui-ci fut tout d’abord initié aux techniques de soin manuelles par le biais de ses parents, tous deux praticiens de Shiatsu, et en particulier par sa mère qui organisait à Kyoto des stages avec toutes les personnalités du Shiatsu d’avant-guerre. Il est diplômé de psychologie de l’université de Kyoto en 1949. Il entre au Japan Shiatsu College de Namikoshi et une fois diplômé en 1959, il y enseigne jusqu’en 1969, notamment la psychologie clinique. Passionné de recherche en médecine traditionnelle, il fonde l’école Iokaï en 1960 puis l’Institut Iokaï en 1968. Il y enseigne son propre style, le Iokaï Shiatsu. Plus tard en occident son approche sera connue sous le nom de Zen Shiatsu. Ce nom lui fut attribué par ses éditeurs américains pour la sortie de son livre. Les seuls assistants de Masunaga qui ont enseigné sont Akinobu Kishi et Kazunori Sasaki. Sasaki a été son assistant durant sept ans et a continué fidèlement l’enseignement de Masunaga au sein de l’académie Iokaï Europe, et Kishi a développé son propre style, le Seiki Soho (voir plus bas dans l’article). Personne n’a repris le flambeau de cette école, même si son fils a réouvert des cours (il avait 10 ans à la mort de son père) à Tokyo et que le nom de Susumu Kimura est souvent associé au Zen Shiatsu.

Les particularités de ce style tiennent dans les méridiens secondaires, l’utilisation d’une main Yin (qui écoute) et d’une main Yang (qui agit) et du fort impact des théories chinoises du Yin et du Yang et des 5 éléments. L’approche psychologique est également importante dans l’école de Masunaga. .

Shiatsu macrobiotique

Initié dans les années 70 (du vingtième siècle) par Michio Kushi (1926-2014) comme thérapie familiale, le Shiatsu macrobiotique fut surtout développé par Shizuko Yamamoto (1924-2015). Ce shiatsu est aussi connu d’après le titre de son livre comme étant le « shiatsu aux pieds nus » (une évolution qui s’est produite à cause de la fragilité de Shizuko vis-à-vis de ses patients Américains assez costauds…). En effet l’utilisation des pieds lors de manœuvres spécifiques, pour exercer des pressions sur certaines masses musculaires du receveur, comme les fesses est l’une des caractéristiques de cette école de nos jours. La seconde caractéristique est l’importance du régime macrobiotique (Sei Shoku ou la diététique traditionnelle du Japon) qui est considéré comme le complément du traitement. Ce style s’est surtout développé en Amérique.

Ohashiatsu

L’Ohashiatsu de Wataru Ohashi est issu de l’enseignement de Shizuto Masunaga. Le travail énergétique, la détente et le bien-être du praticien et du receveur sont au cœur de l’Ohashiatsu. C’est une pratique qui comprend des techniques, des exercices, des méditations et aussi la philosophie orientale du soin. Les composantes psychologiques et spirituelles sont intégrées dans ce style de shiatsu. Cette approche ne travaille pas spécifiquement avec des points. De plus, les déplacements sont propres à ce style ainsi que le travail des mains.

C’est la pratique la plus adaptée aux Occidentaux. Ohashi a su également développer des extensions à son Shiatsu notamment avec des techniques au foulard ou des techniques adaptées aux pratiquants de yoga. Son siège est aux USA dans l’état de New-York.

Kuretake Shiatsu

Yutaka Sakakibar, né à Tokyo en 1929, édifie le Shiatsu Kuretake en 1975. Bien que cette forme de Shiatsu soit ancienne, on le connaît surtout grâce à son élève, Masanori Okamoto qui a écrit le « Précis de Shiatsu Kuretake » en 2012. Dans ce livre l’auteur nous fait part des techniques originales de son maître, alliant pressions perpendiculaires fortes et étirements articulaires. Mais surtout il met l’accent sur le placement, la bonne posture, ainsi que sur la direction et l’amplitude du transfert du poids corporel du praticien. Le Shiatsu Kuretake utilise le principe du levier qui favorise cette posture, afin que le praticien puisse pratiquer le Shiatsu sans s’épuiser. C’est une des caractéristiques du Shiatsu Kuretake : « Pouvoir s’atteler à la pratique ardue de la Shiatsut-thérapie clinique en évitant l’accumulation de fatigue ». (Masanori Okamoto).

Yin Shiatsu

Maître Takeuchi Nobuyuki est le fondateur du Yin Shiatsu pratiqué exclusivement dans sa clinique Akahigedo : la voie de Barbe Rousse – nom inspiré par le Robin des Bois de la médecine (voir le film de Kurosawa) de la période d’Edo qui soignait les pauvres en surtaxant les riches. Maître dans l’art du sabre et docteur en médecine chinoise, sa grande curiosité l’a amené à faire de sa clinique un lieu d’études où sont enseignées et pratiquées des approches thérapeutiques dans les domaines du yin shiatsu, de la pharmacopée chinoise et de la phyto, des compléments alimentaires et de la diététique, des examens sanguins approfondis, le « counceling » et le qi-gong thérapeutique. Ce style est le seul à utiliser le sokanshin, un « doigt » en bois, pour avoir plus de pénétration dans les appuis. Par ailleurs, le Yin Shiatsu prépare ses thérapeutes à une rigueur morale inspirée de la vie des samouraïs et à un chemin de vie plus exigeant et plus conscient par le biais du shiatsu.

Shiatsu Myo-énergétique

Né en France, le Shiatsu Myo-énergétique est une nouvelle méthode thérapeutique créée par Hiroshi Iwaoka dont le siège est situé à Paris. « Myo » signifie muscle en grec, « énergie » veut dire force vitale de l’organisme. La colonne vertébrale et le bassin sont l’axe du corps. Tout émane de là, y compris la plupart des douleurs et des maladies. Grâce à ce concept, le shiatsu myo-énergétique corrige la déviation de la colonne vertébrale et du bassin en décontractant la tension des lignes musculaires dorsales.

Yoseido Shiatsu

Fondé par Yuichi Kawada, il fut l’élève à la fois de Tokujiro Namikoshi et de Shizuto Masunaga. Praticien de Shiatsu de père en fils, Yuichi Kawada diffusa le Shiatsu à travers le monde avant de s’installer définitivement en Belgique. Yoseido Shiatsu signifie « Shiatsu de la longévité ». La fusion entre les techniques structurelles et l’utilisation des méridiens est évidente, mais ce style est surtout influencé par la mystique des textes anciens, notamment l’utilisation du carré magique et du Yi-King, le livre des mutations. La spécialité du Yoseido Shiatsu est l’utilisation des vaisseaux merveilleux.

Aze Shiatsu

Branche directe de l’école Namikoshi, son fondateur Onoda en est le représentant en Europe. Toutefois, il a créé son style Aze Shiatsu et l’enseigne en Espagne. Shigeru Onoda a adapté sa pratique en s’inspirant des mouvements du sotai-ho, une connaissance approfondie de l’anatomie et des muscles. Il utilise également des points clés issus de la médecine chinoise répondant parfaitement aux pressions du Shiatsu. Il a également apporté des développements qui permettent une meilleure approche du physique occidental, qui diffère de l’oriental. Il est le seul style de Shiatsu à avoir mis au point une pression des pouces en vrille et non pas simplement en poussée. Grâce à lui le Japan Shiatsu College donne aujourd’hui une orientation médicale à ses formations, approfondissant l’apprentissage de la physiologie, anatomie, pathologie pour une meilleure approche de l’organisme par le shiatsu. Le siège de l’Aze Shiatsu est situé à Madrid.

Nonindo Shiatsu

Ryotan Tokuda (nom bouddhiste. De son nom civil Kyuji Igarashi), né à Hokkaido (nord du Japon) en novembre 1938. Il fit une expérience mystique en entendant une cloche sonner et quitta l’armée pour s’engager dans le Zen. Depuis, il est diplômé de philosophie bouddhiste de l’université de Komasawa et maître Zen (de l’école Sōtō). Il apprit le shiatsu et la médecine traditionnelle chinoise auprès de maître Ryosui Wakita, (également moine zen de l’école Sōtō et maître de kendo). Maître Ryosui Wakita fut disciple de maître Sorei Yanagiya, lui-même disciple de l’un des fondateurs du shiatsu : maître Shinsai Ota.

Le Nonindo shiatsu de Ryotan Tokuda demeure en lien direct avec la médecine traditionnelle chinoise. Il s’agit d’un shiatsu appliqué systématiquement sur les 12 méridiens principaux avec un toucher spécifique, au fil de la séance, sur différentes portions de méridiens et points d’acupuncture. Ryotan Tokuda enseigne que la qualité du soin dépend en grande partie de l’attitude du praticien, de sa posture et qualité de présence. À cette fin, son enseignement met l’accent sur l’entraînement du praticien afin qu’il chemine vers le geste juste. Théories fondamentales de la MTC, diététique orientale et exercices de santé font partie de la transmission.

Shiatsu holistique

Le shiatsu holistique est une médecine complémentaire qui marie le shiatsu japonais à la médecine traditionnelle chinoise ainsi qu’indo-tibétaine. Le shiatsu holistique prend en compte l’être humain dans sa globalité : aspect psychique, affectif et somatique. L’enseignement est basé sur les Sept Corps subtils de l’être humain et considère que l’Esprit agit sur la matière. C’est pourquoi le processus thérapeutique a pour but d’agir sur les quatre corps inférieurs : mental, astral, éthérique et physique.

Lorsque cela s’avère nécessaire, le praticien en shiatsu holistique agit sur l’un des neuf centres psychiques (chakras, influence Indienne) afin d’harmoniser les trois corps supérieurs. Un diagnostic est posé selon les 5 dynamiques (ou 5 éléments) selon la tradition tibétaine.

To Shiatsu

Toshi Ichikawa est né à Tokyo au Japon en 1961. Il se formera auprès de trois enseignants, tous dans la lignée du Zen Shiatsu de Shizuto Masunaga : les professeurs Susumu Kimura, Danielle Iwahara-Chevillon et Yasutaka Hanamura.

Il s’établit à Paris en 1998. C’est ici qu’il deviendra pleinement enseignant de Shiatsu et de Dō-In à partir de 2003. En 2007, il crée l’ « Ecole de Dō -In et de Shiatsu de Toshi ICHIKAWA », agréé par la Fédération Française de Shiatsu Traditionnel (FFST). L’approche du Shiatsu par Toshi Ichikawa se base sur les origines du Zen Shiatsu. Il n’hésite pas cependant, à incorporer des éléments de Qi Gong ou de Yoga dans les exercices de préparation, pour renforcer l’énergie et la souplesse nécessaires à la bonne conduite d’une séance de Shiatsu. Comme il aime à le rappeler : « la pression exercée par le donneur n’est pas une simple manifestation de force physique, c’est un moyen d’échange non verbal entre deux individus. Le donneur transmet son énergie au receveur ». Il est donc nécessaire que le praticien ait pu, au préalable, se recentrer et développer son énergie afin d’être le plus concentré durant la séance.

Kokodo Shiatsu

Pendant qu’il fut le soke (chef de file et directeur technique) de l’école de jujutsu Hakko ryū pendant de nombreuses années, Yasuhiro Irie a enseigné en même temps le Koho Shiatsu igaku, branche ancienne et médicale du Shiatsu au Japon. Koho signifie littéralement « ancien » ou « classique ». Créant sa propre branche martiale, le Kokodo jujutsu, son shiatsu a suivi la nouvelle appellation. Il ouvre et enseigne dans sa clinique de Saitama. Par ailleurs, il confie volontiers que sa manière de faire et d’enseigner le shiatsu est plus douce, moins martiale qu’autrefois, et s’adapte à tous les âges et pas uniquement aux pratiquants d’arts martiaux. Son siège est basé à Saitama, au nord de Tokyo.

Shiatsu Fondamental

Dans la continuité des enseignements de Masahiro Nakazono (Maître d’aïkido et de Kototama) puis de ses assistants, Michel Odoul enseigne et transmet à l’Institut Français de Shiatsu une forme que l’on peut qualifier de Shiatsu Fondamental. Le style Nakazono, est un shiatsu qui intègre et reconnaît sa filiation au Kampô originel et à la théorie des méridiens issue de la MTC. Nourri de l’apport des techniques du Te ate, ce style est particulièrement complet et ne dissocie jamais le corps et l’esprit, le dense et le subtil, le symptôme et le psychisme. L’apport spécifique de Michel Odoul à ce style a été celui de la dimension psycho-énergétique du soin et de l’utilisation complète des points antiques dans leur acception quantitative et qualitative. En reliant le shiatsu énergétique aux principes de la psychologie occidentale, il a mis en mots et en perspective cette dimension du subtil que les Orientaux n’ont pas besoin de nommer, du fait de son évidence pour eux.

Ainsi, ce style de shiatsu qui traite le corps par des enchaînements de pressions et de mouvements, comme tout shiatsu qui se respecte, associe également et systématiquement la « question du sens » de ce qui se manifeste à travers le symptôme.

Sei Shiatsu Do

Le Sei Shiatsu Do a été créé par Bernard Bouheret, c’est une branche occidentale du Shiatsu Koho. Le sens de « Sei » veut dire « sincérité, loyauté, bon cœur », aussi l’on pourrait traduire ce terme par la « Voie du Shiatsu sincère ». Kinésithérapeute et Shiatsushi, ce n’est qu’après 25 ans de travail quotidien et de réflexions qu’il met au point ce style qui cherche à allier l’efficacité thérapeutique avec la fluidité des mouvements. Ce style est largement basé sur la médecine chinoise, ses méridiens, ses points et la prise du pouls et est très apprécié du milieu médical et hospitalier. Il est aussi profondément influencé par la culture énergétique chinoise, le travail du Qi Gong, la recherche d’une forme « d’art médical » (selon la définition grecque) et d’une spiritualité qui engage le corps et l’esprit sans chercher à les séparer. Le Sei Shiatsu Do enseigne également les pathologies chinoises et comment adapter les traitements en un Shiatsu efficace, profond et fluidique. Diffusé sur la France, ce style commence à partir vers les autres pays.

Ryoho Shiatsu

Le style Ryoho Shiatsu a été fondé par Ivan Bel et signifie littéralement « Shiatsu thérapeutique ». Son nom est un hommage au premier livre jamais écrit sur le shiatsu, « Shiatsu Ryoho » par Tempeki Tamaï en 1914 ou 15 (selon les sources). L’originalité de ce style consiste en un refus de séparer les différentes formes de Shiatsu existantes, prétextant que toutes ont une richesse qu’il ne faut pas perdre. Par conséquent, il regroupe l’étude du Shiatsu fonctionnel (issu des écoles Namikoshi et Aze), le Shiatsu des méridiens (issu du Zen Shiatsu) et le Shiatsu médical (issu du Shiatsu Koho et du Sei Shiatsu Do). De cette manière, son apprentissage ouvre aux trois grands courants, ce qui permet ensuite de pouvoir éventuellement se spécialiser dans l’une ou l’autre branche. Son slogan est « ouvrir l’éventail pour avoir du vent », c’est-à-dire augmenter les possibilités de traitement par tous les moyens possibles. Ces possibilités sont sélectionnées que si le travail clinique prouve leur intérêt et leur efficacité, sans s’attarder aux dogmes. Seul le résultat compte. Il est enseigné à Bruxelles où se trouve son siège.

Seiki Meridian Shiatsu

Ce style de shiatsu a été créé par Tzivak Cosar en Israël. Après avoir étudié le shiatsu Namikoshi, le Zen Shiatsu et le Tao Shiatsu directement au Japon, puis après avoir été l’un des rares enseignants étrangers à réussir à enseigner le shiatsu dans ce pays, il revient s’installer en Israël. Là, il créé le Seiki Meridian Shiatsu qui consiste non pas à chercher le déséquilibre entre Yin et Yang, Kyo et Jitsu, mais à chercher directement l’énergie primordiale, le Seiki (à ne pas confondre avec le Seiki Soho). Ainsi, ce shiatsu ne se concentre pas sur les problèmes du corps, car l’intention du praticien va entrer en résonnance avec ces problèmes, mais les solutions qui permettent de libérer les forces profondes d’auto-guérison. Son siège est situé à Tel-Aviv.

Tao Shiatsu

Fondateur du Tao Shiatsu, Ryokyu Endo a développé ce système de santé et de guérison qui favorise l’harmonie entre individus, dans leur relation avec la société, et ultimement avec la source de la vie, le Tao. Le Tao Shiatsu se pratique en appliquant des pressions soutenues sur différents points le long des méridiens du corps. En stimulant le pouvoir de guérison intrinsèque du receveur, le Tao Shiatsu fait circuler l’énergie stagnante dans le corps et la transforme en énergie positive. Le Tao Shiatsu se dit une méthode révolutionnaire, avec ses cinq nouveaux éléments et son développement sur les méridiens qui va au-delà de la recherche entreprise par Shizuto Masunaga. L’avancement dans la thérapie Shiatsu offre une solution aux problèmes de santé reliés à l’ère technologique. Les cours sont offerts à Toronto, Montréal et Madison.

Jigen ryū Shiatsu

Cette méthode de shiatsu thérapeutique a été introduite en Europe via Harada Kojun Sensei (1939-2006), prêtre Bouddhiste du temple Shi tenno Ji (Osaka) et spécialiste en arts martiaux (Jiu jitsu, Iai jitsu et Kyudo). L’étude de l’école de Jiu-jutsu Hakko Ryū lui a fait découvrir le Koho shiatsu igaku. Par la suite, il a mêlé cette forme avec les techniques médicales étudiées au temple. Cette méthode utilise les méridiens classiques chinois aussi bien pour guérir que pour contrôler une personne, même tuer comme Harada sensei le disait parfois. Après un diagnostic du pouls, le méridien en cause est traité ou plutôt stimulé d’une façon assez forte, mais avec beaucoup de contrôle du Hara. Dans le même temps, les « méridiens de balance » (Maître du Cœur, Triple Réchauffeur, Vésicule Biliaire et Foie) sont traités avec une technique plus légère afin de créer l’harmonie dans le corps. Après sa mort, seulement quelques praticiens de Jigen ryū sont encore actifs en Belgique et en Autriche.

Seiki Soho

Le Seiki est une ancienne pratique manuelle traditionnelle du Japon et existe en plusieurs formes comme Seiki Ryo, Seiki Ryoho et Seiki Soho… Dans son livre, Kishi sensei, qui a introduit cette méthode en Europe, appelle le Seiki « The Secret Art of Shiatsu ». Cette branche actuellement n’est plus tout à fait considérée comme étant du shiatsu, mais comme la suite logique de l’utilisation spontanée de l’énergie. Fondé par Akinobu Kishi (1949 – 2012), le Seiki Soho consiste à ne pas conceptualiser l’utilisation du Ki. Kishi fut pendant longtemps assistant de Tokujiro Namikoshi, l’accompagnant dans ses déplacements en Asie du Sud-est pour fonder des écoles et ensuite s’est joint à Masunaga sensei et l’école Shiatsu Zen (Iokai) pendant plus de dix ans avant de prendre son propre chemin à la recherche des racines de Shiatsu par le Shinto (la religion traditionnelle du Japon).

Grand praticien, il découvre que l’efficacité du Ki arrive grâce à un lâcher-prise complet de la part du praticien pour se connecter au Ki de la personne. Le praticien ne cherche pas à diriger, mais à laisser s’écouler le Ki dans le corps dans la direction qui lui sera la plus bénéfique. Ce courant purement énergétique issu de la famille du Shiatsu est aujourd’hui en Europe dirigé par plusieurs de ses élèves (Senior Students) comme Alice Whieldon, Paul Lundberg, Felix Bindernagel, Vidan Damljanovic, Keith Stewart, Klaus Metzner et Frans Copers qui est en train d’écrire un livre sur le sujet pour préserver la méthode pour le futur.

Kiatsu Ryoho

Kōichi Tōhei (janvier 1920 -19 mai 2011) est né à Shitaya au Japon, est un maître d’aïkido (10e dan), élève direct du fondateur O senseï Morihei Ueshiba. Une fois installé à Hawaï, il fut le fondateur de la Ki no Kenkyukaï, « Société de recherches sur le Ki » et de son style le Shin Shin Toitsu Aikido (aïkido avec le corps et l’esprit unifié, parfois appelé « Ki-Aïkido ». C’est en pratiquant l’aikido qu’il découvre le pouvoir curatif du Ki. Le Kiatsu Ryōhō a quelques ressemblances avec le Shiatsu. Avec le Shiatsu, on exerce une pression sur la partie malade du corps. Le but du Kiatsu est d’envoyer le Ki dans la zone malade ou blessée et d’activer la force vitale. Le patient sent que le Ki du praticien pénètre dans son corps. Poser légèrement les doigts suffit. Le praticien envoie le Ki à partir de son hara (ventre). À plusieurs reprises Tohei Sensei a insisté sur le fait que son véritable apport était celui d’avoir clarifié les principes du Ki en vue d’une vie pleine et en bonne santé. Son interprétation de l’Aïkido compte plus de cent mille licenciés dans vingt pays différents qui étudient également sa forme énergétique.