Pour en finir avec les idées fausses sur le Shiatsu

Écoute, sinon ta langue te rendra sourd.

Proverbe amérindien

Donne un cheval à celui qui dit la vérité, il en aura besoin pour s’enfuir.

Proverbe afghan

Pour en finir avec les idées fausses sur le Shiatsu

bernard-bouheretBonjour à tous,

Pour ceux qui ne me connaissent pas je suis Bernard Bouheret, kinésithérapeute DE, praticien et enseignant de Shiatsu Thérapeutique. J’ai débuté la pratique du Shiatsu en 1977 à Montpellier et j’ai commencé à l’enseigner à Paris en 1986, ville où je suis installé depuis 1983.

L’année prochaine cela fera donc 40 ans que je pratique cette discipline et 30 ans que je l’enseigne et je crois que ce temps passé à soigner et à transmettre m’autorise et légitime l’écriture de cet article. Ayant passé les 60 ans j’espère que mes paroles seront sages comme cet âge l’exige.

Depuis plusieurs années j’entends certains bruits (de couloirs) autour du Shiatsu et je voudrai aujourd’hui clarifier les choses.

Le premier, et certainement le plus pernicieux, serait que le Shiatsu serait nocif pour les patients cancéreux au titre qu’il diffuserait les métastases dans le corps.

Je ne sais d’où provient cette information, mais je tiens à dire ici qu’elle est totalement infondée. Tout d’abord, nous sommes un certain nombre d’experts toujours en recherche d’infos scientifiques sur le sujet et nous n’avons jamais trouvé les sources de cette allégation. En effet il faut savoir que pour prouver de tels propos il faudrait à minima qu’une étude sérieuse, randomisée et en double aveugle, comme l’exige la rigueur scientifique, ait été menée et ce n’est pas le cas.

Quand bien même une telle étude verrait le jour, et nous en sommes les premiers demandeurs, elle prouverait assurément le contraire et ceci est le résultat de ma propre expérience en cabinet. Tout comme mon confrère Dominique Chevalier le prouve dans son article, le Shiatsu sur les patients cancéreux se révèle être d’une aide précieuse. ( Lire l’étude : intérêt du shiatsu chez les patients cancéreux). Moins de fatigue, moins de nausées, récupération plus rapide, meilleur impact des médicaments, psychisme amélioré… c’est un plaidoyer pour le Shiatsu.

Je pratique ce Shiatsu qui vient en aide à cette population souffrante depuis maintenant 30 ans sans discontinuer et j’en ai écrit le modus operandi dans un Vade Mecum en 2012. Les effets sont remarquables !

Donc, par pitié si un patient atteint de cette maladie de civilisation vous demande si vous pouvez quelque chose pour lui, ne lui refusez pas votre aide sous le prétexte de ce danger fallacieux. Il perdrait une chance non négligeable de traverser son épreuve plus sereinement et vous, vous perdriez une chance d’aider et de soulager autrui et ce serait vraiment dommage.

Je peux témoigner de la reconnaissance de certains patients à ce propos et même des sceptiques avérés se sont transformés en inconditionnels de notre discipline tant les résultats furent à la hauteur de leurs attentes.

Pour finir et je martèle le clou, le Shiatsu Thérapeutique et très efficace pour les patients cancéreux en phase de traitement de chimiothérapie (Cf étude D. Chevalier citée en supra). J’en veux pour preuve la sensation que l’on retire sous les doigts et dans notre corps tout entier à la prise des pouls après la prise de la chimio : tout est congestionné, grésillant et le Qi est de très mauvaise qualité (Xié Qi), il y a plénitude d’énergie perverse, le Foie et les Reins sont en souffrance. Plus rien de tout cela à la fin de la séance, le Qi est redevenu clair, le Zheng Qi a été soutenu, le Xié Qi a été chassé, c’est spectaculaire !

Un ami médecin homéopathe qui m’adresse ses patients depuis 1984 a malheureusement contracté lui-même un cancer du côlon l’année passée. Aussitôt la mauvaise nouvelle  tombée, il m’a téléphoné pour prendre rendez-vous se souvenant bien sur des effets probants sur les patients recommandés. Tant il était fatigué il montait péniblement les marches pour accéder au 1er étage et à la fin de la séance (il y en eut 11) il repartait rasséréné et il en était stupéfié à chaque fois. Plus aucune trace de ce cancer aujourd’hui et le Shiatsu a bien joué son rôle d’aider à éliminer les molécules lourdes de la chimio et de maintenir le corps en cohésion.

Bien évidemment, nous n’avons aucune vue sur le devenir de la maladie et cela ne nous appartient pas. Nous sommes là pour AIDER et ACCOMPAGNER. Le reste est affaire de médecins. Bien loin de diffuser les métastases le Shiatsu contribue au rétablissement de la santé en mobilisant les forces de la personne, en équilibrant la circulation de l’énergie, en soutenant le correct (Zheng Qi) et en amenuisant le pervers (Xié Qi).

Voilà pour ce premier aspect et cela méritait que l’on s’y attarde n’est-ce pas ?

En deuxième lieu je voudrai évoquer les affabulations qui tournent autour des femmes enceintes.

femme-enceinte-classique-medecine-chinoisePour certains les parturientes ne doivent pas recevoir de Shiatsu tout simplement. Leurs arguments ? La femme à ce moment de sa vie serait au contact de forces profondes, inaccessibles et dangereuses à la manipulation.

On l’aura compris c’est une vision masculine qui s’exprime là, aucune femme ne pourrait en parler de la sorte. Désolé si c’est un homme qui écrit, mais là aussi l’expérience fait valoir ses droits. Que de belles séances avec ces femmes en devenir de mères ! Que de joie quand on peut aider à la délivrance quelques jours avant le terme, quant on peut éviter une perfusion pour déclencher l’accouchement, quand on permet que la délivrance soit fluide et rapide, quand tout au long du parcours l’on peut là aussi accompagner sans trop se montrer ! Soulager un mal de dos, supprimer une  migraine (une bonne amie Anne Marie  a bénéficié de mes soins pour ce symptôme et je vous promets que sans rien exagérer, la migraine disparaissait le soir même de la séance. Cela se reproduisit lors d’une nouvelle grossesse et le Shiatsu fit à nouveau merveille de la même manière.)

Et quelle joie quand les « bébés shiatsu » rient le jour et dorment la nuit comme le soulignait en son temps le grand acuponcteur Georges Souliè de Morant. C’est ce que nous remarquons si souvent.

Les points abortifs ?

Nous y voilà mes amis… C’est un autre bruit de couloir dans ce long corridor, et qui a la vie dure. Et bien il n’y en a aucun ! C’est bien ce que précise Berthe Salagnac, sage-femme acuponctrice* qui conseille même les pratiques manuelles quand l’aiguille est interdite.

Ces points interdits sont une invention sortie tout droit d’une Fédération de Shiatsu préférant inventer de toutes pièces un risque hypothétique pour plaire aux instantes dirigeantes en vue de sa reconnaissance. Et cette manœuvre purement politicienne n’a même pas atteint son but !

En revanche, la peur était transmise et toute une génération d’étudiants français fut obligée d’apprendre, sous peine de note éliminatoire, que le 6 Rate, le 4 GI, le 36 E, le 21 VB, le 67 V étaient tous interdits, voire maudits chez les femmes enceintes… ! Oh ! J’allais oublier, il valait mieux même éviter le trajet complet du méridien de la Rate pour ne pas avoir de soucis. Quel courage ! En voilà de beaux praticiens en herbe, la queue entre les jambes et les mains tremblantes !

Là encore, l’expérience est la meilleure conseillère. Je n’ai jamais entendu un seul ennui inhérent à la pratique du Shiatsu sur une femme enceinte. Je pratique sur les parturientes depuis 35 ans et c’est une immense joie de pouvoir être à leurs côtés à ce moment de leur vie. Lisez les livres de Suzanne Yates, spécialiste en la matière** et vos doutes s’estomperont.

Pour en finir avec ces balivernes, je vais vous livrer une confidence qui date de l’année 1984. Je vivais et exerçais alors à Montpellier dans un centre de Shiatsu et d’arts martiaux co-créé avec un ami praticien décédé depuis. Nous revenions tous deux du Japon et cet ami reçut une étrange demande d’une femme qui avait dépassé la quarantaine, qui était enceinte et qui voulait se débarrasser de l’intrus. Elle pensait que le Shiatsu pourrait l’aider dans ce sens. En dehors du fait que j’étais choqué, tout autant par la demande que par l’acceptation de cet ami, je puis vous dire que malgré tous ces efforts , et il était puissant, rien n’arrivât sinon un beau bébé tenace quelques mois plus tard. Il avait tout essayé et les fameux points abortifs s’étaient tous révélés improductifs. Dieu merci !

Oublions cela, par pitié, recevez les femmes enceintes dans vos cabinets respectifs  soyez heureux de cela, donnez des Shiatsu respectueux de leur état, mais sans peur, avec bienveillance, diplomatie et partagez ces merveilleux moments. Ce sont des souvenirs inoubliables pour les praticiens que nous sommes.

En troisième lieu d’autres interdictions voient le jour régulièrement et je voudrai m’en faire le facteur.

Certains refusent de travailler lorsqu’ils ne se sentent pas en forme prétextant que leur mauvais Qi (Ki) pourrait se déverser sur le patient et lui nuire sûrement.

Quelle fausse idée du soin, comme si le praticien devait être nickel pour transmettre son bon Qi. Tout cela est bien manichéen. En effet le Cœur filtre les impuretés émotionnelles et joue son rôle de purificateur en permanence. Point n’est besoin non plus de se « protéger » de son patient, le Shen sait très bien ce qu’il à faire. Compatir, s’ouvrir, se mettre à la place d’autrui, accepter de ressentir les maux internes sans en avoir peur et sans peur d’en être débordé.

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D’autres refusent de travailler sur le méridien du Cœur prétextant que c’est l’Empereur et qu’il ne faut y toucher. Exit le 7C –Shen Men- immense point du psychisme, le 3C-Shao Hai- point de la joie de vivre, le 9C grand point de réanimation, tonificateur annuel. Mais quelle mouche les a piqués ? Où ont-ils été pêcher cela ?

D’autres encore, bien implantés sur la place de la ville, interdisent formellement la pratique du ventre prétextant que c’est le lieu d’énergies dangereuses, maelstrom de forces pouvant déstabiliser le psychisme.  Exit le 4 RM grand point de tonification du Qi, des Reins et du Jing indiqué justement pour les problèmes émotionnels et pour fortifier le Corps et l’Esprit (effet calmant puissant), exit le 6RM, océan de l’énergie si important pour les Japonais. Exit aussi toute la belle pratique du Qi Nei Zang Chinois qui a inspiré les maîtres Japonais.

Cette même interdiction me fut transmise en 1977 à Montpellier, mais elle fut vite corrigée par les sensei Japonais en 1981. Ouf !!! Pendant ces mois passés au Japon je n’ai jamais entendu un seul interdit de la sorte. Précautions, oui, interdits, jamais.

Chacun se croit détenteur de vérités qu’il dicte à ses élèves sans se rendre compte que ce sont ses propres peurs qui sont transmises. Les étudiants se retrouvent alors avec des craintes dans les mains et avec des zones interdites entrainant des ruptures d’énergie préjudiciables dans leur Shiatsu. Chaque peur qui nous habite sera ressentie par le patient croyez le bien. Chaque peur entraîne inévitablement une zone de morcellement. Et oui la peur pétrifie et cristallise le Qi.

Nous pourrions aussi relever les dires de certains professeurs  réclamant le silence absolu, interdisant la parole et l’échange pendant les séances alors que cela est impossible, voire totalement contre-productif. En effet dans certains cas le silence du thérapeute peut être ressenti de manière violente, agressive et totalement inappropriée.  Là aussi, 40 ans de pratique à genoux au sol donnent une expérience à nulle autre pareille : parfois il faut se taire, parfois il faut parler. Ça se dit dans le cœur, au cœur de la séance.           Pourquoi édicter des règles dogmatiques alors que chaque cas est unique et que chacun est malade à sa manière comme le dit si bien le Su Wen ?

Le Shiatsu-shi est un accompagnant thérapeutique, parfois éduquant son patient comme un bon père, parfois consolant comme une vraie mère remplie de compassion, parfois avec l’oreille d’un fin psychologue pour entendre l’indicible et recueillir le drame, parfois comédien, allégeant le lourd poids de la plainte par des propos joyeux,  parfois poète pour inviter l’esprit à s’alléger, parfois philosophe  pour accueillir la sagesse, toujours fin artiste pour être en phase avec le meilleur du moment sachant se taire quand il le faut et parler quand cela est requis. Certains silences sont lourds et certaines paroles sont légères, là n’est pas le problème et cela ne s’apprend pas dans les livres ! Tout est affaire de ressenti. La langue est le bourgeon du Cœur nous disent les textes anciens, et quand elle lui est reliée, la parole est belle et touche au plus profond. C’est la « parole thérapeutique », parole sacrée. On ne dit plus qu’on parle, mais « qu’on est parlé ! »

Cela se dit au fond de soi et c’est toujours dans la partie la plus cachée de son cœur (il faut écouter avec les oreillettes) que l’on sait être le plus juste. En revanche le praticien peut faire aisément sien l’adage soufi :

Si ta parole n’est pas plus belle que le silence alors, tais-toi !

Pour finir, soyons aussi attentifs aux mots empruntés à notre source nippone. Les praticiens de Shiatsu se nomment Shiatsu-shi et non Shiatsu ki. Je viens de lire Shiatsu Ka dans une revue Italienne. Là aussi ce terme impropre et faux a parcouru tout le landerneau de notre discipline sans jamais être repris. C’est chose faite.

Shiatsu-shi, 指 圧 師 veut dire « praticien du shiatsu ». Shi 師 signifie professeur, maître, ou quelqu’un qui est en qualité de.

medecine-chinoise-visageSi cet article inspire d’autres professeurs, ils sont les bienvenus, je n’ai certainement pas su tout relever. Il y aurait  d’autres perles à citer, mais ce serait trop long, pour ma part l’essentiel est dit.  Restons-en là, pratiquons sans peurs inutiles avec la joie dans le cœur et l’enracinement dans les Reins. Ne les laissons pas être déstabilisés par les sentiments qui leur sont le plus nuisible.

Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas d’interdits qu’il faut se croire tout permis bien évidemment. Il faut être au contact de notre receveur (se) tout au long des séances et demander à chaque fois la permission de pénétrer le corps. Un savant mélange de force intérieure, de sécurité instinctive doit nous animer de façon permanente. Gardez l’axe Cœur-Rein puissant et rayonnant, entre Paix et Joie, c’est ce que je vous souhaite le plus ardemment dans votre pratique quotidienne de Shiatsu -Shi.

 Quand je sais que je ne suis Rien, c’est la Sagesse.

Quand je sais que je suis Tout, c’est l’Amour.

Entre les deux, ma vie s’écoule.

Sri Nissargadata Maharaj

Références :

  • * Berthe Salagnac   : page 147 « Naissance et Acupuncture ». Editions Satas
  • ** Suzanne Yates : «  Shiatsu et grossesse » : Testez Editions