Syndrome des jambes sans repos en Shiatsu

De nombreuses personnes n’arrivent plus à dormir dès qu’elles sont couchées, non pas parce qu’elles ne trouvent pas le sommeil, mais parce que leurs jambes ne cessent de les agacer. On appelle ce phénomène le SJSR (syndrome des jambes sans repos), mieux connu sous le nom d’impatiences. Ce problème pénible à vivre ne touche pas moins de 12 millions d’Américains et autant d’Européens. Heureusement, le Shiatsu propose une alternative intéressante.

Auteur : Ivan Bel

Vous connaissez sans doute autour de vous des personnes qui agitent leurs jambes de manière incontrôlable. On met cela sur le compte d’une certaine nervosité, mais ce n’est pas toujours le cas. De jour, ces personnes ne s’en aperçoivent pas trop, occupées par leur travail et les activités diverses de la vie quotidienne. Un peu de fourmillement tout au plus, voilà ce qu’elles décrivent comme symptômes. Mais la nuit venue c’est une toute autre histoire. À peine couchée, la personne commence à avoir des tensions nerveuses, qui se transforment rapidement en une sorte d’électricité ou de brûlure et finissent toujours par le besoin impérieux de remuer les jambes, comme si cela permettait de se débarrasser du problème. Ce phénomène peut démarrer dès l’enfance et se poursuivre toute la vie, ruinant nombre de nuits de sommeil, ce qui fragilise le système immunitaire de la personne atteinte. Sans parler des secousses que subit la personne qui partage son lit. Selon une étude parue dans le « Sleep Journal » américain, 65% des personnes affectées le sont de manière chronique, et parmi elles, 70% connaissent une insomnie une nuit sur trois en moyenne. C’est pourquoi le SJSR est classé parmi les troubles du sommeil.

Le diagnostic de ce trouble est purement clinique. Il doit répondre à quatre critères bien précis :

  1. Un besoin impérieux de bouger les membres inférieurs souvent associé à des sensations inconfortables et désagréables. Les membres supérieurs et les autres parties du corps sont beaucoup moins souvent concernés.
  2. Apparition ou aggravation des symptômes lors des périodes de repos ou d’inactivité, particulièrement en position allongée ou assise.
  3. Soulagement ou rémission des symptômes lors de mouvements comme la marche ou l’étirement, au moins temporairement et aussi longtemps que dure l’activité.
  4. Apparition ou nette aggravation des symptômes le soir ou la nuit. Les symptômes les plus évidents peuvent être de l’électricité dans les jambes, les pieds ou les genoux qui brûlent, avec l’envie de les sortir du lit et de les secouer pour les calmer.

La médecine suit plusieurs pistes pour identifier la cause ou les causes à l’origine de ce trouble. On sait tout d’abord qu’il y a un caractère héréditaire, et qu’il faut se renseigner sur la famille et vérifier s’il y a des personnes atteintes de ce même trouble dans les générations précédentes. Ensuite, on suspecte une carence en fer. Cela dit, la carence en fer est loin d’être la seule piste intéressante, puisqu’on retrouve le SJSR en cas de prise d’antidépresseur, chez les diabétiques ou chez les buveurs excessifs de café. Aussi les causes ne sont pas encore clairement établies. En revanche on s’est aperçus que la prise de magnésium, le yoga, la méditation, permettaient d’obtenir des effets positifs, comme l’indique plusieurs recherches américaines de la Restless legs syndrome Foundation et de la Mayo Clinic (USA). Cela suggère que le SJSR est aussi en relation avec le stress et le système nerveux. Un traitement médicamenteux est généralement conseillé par les médecins, mais il est intéressant de noter que la revue Prescrire[i] précise que la balance entre le bénéfice escompté et le risque encouru est défavorable avec ces médicaments (nausées, vomissements entre autres).

Une vision chinoise très différente

La médecine chinoise aborde la question selon l’angle suivant : qu’est-ce qui peut bien faire que les jambes s’agitent ainsi, car cet aspect n’est que la partie immergée de l’iceberg (symptôme apparent). Les tremblements font penser à une attaque de Vent. Le Vent est connu pour léser le Yin et le Sang, et pour toucher généralement le Foie. Mais le tableau Vent n’est pas forcément présent dans tous les cas de SJSR, il ne faut donc pas en faire une règle générale. Le sommeil en général est également lié à la qualité/quantité du Sang qui ancre le Hun (esprit du Foie) et le Shen (esprit du Cœur). Le Sang donne également la qualité nutritive aux muscles, au corps en général, par le biais de la digestion, donc de l’Estomac. Autre notion intéressante, on pense souvent que la fatigue permet de bien dormir, mais tout dépend du type de fatigue. Lorsqu’on dit « être crevé », le sommeil de qualité n’est pas toujours au rendez-vous. Il faut être en forme, énergétiquement parlant, pour bien dormir, aussi paradoxal que cela puisse paraître de prime abord.

Ces différentes réflexions permettent de mieux comprendre qu’en cas de jambes sans repos on ne sera pas étonné de trouver entre autres les tableaux pathologiques suivants :

  • vide de Sang du Foie
  • vide de Yin du Rein et du Foie
  • vide de Yin de l’Estomac
  • vide du Vaisseau Pénétrant

Pour rappel, le Vaisseau Pénétrant (Chong Mai en chinois ou Shyō miyaku en japonais) est dit être le père des huit Vaisseaux Merveilleux et des douze méridiens secondaires. Premier à apparaître lors de la toute première division cellulaire[ii] de l’embryon, il est aussi le plus profond et possède trois branches distinctes. Mais, outre ces détails, son aspect le plus intéressant dans le cadre du sujet qui nous occupe est sa relation au Sang. Les textes classiques déclarent qu’il est la « Mer du Sang », qu’il relie les méridiens de l’Estomac et du Rein et qu’il régule le Qi qui circule à contre-courant. Or, si le Vaisseau Pénétrant est vide, le Sang est forcément en moins bonne forme. De plus, s’il est vide, le Qi rebelle peut davantage s’exprimer, ce qui n’est jamais une bonne chose. Le Vaisseau Pénétrant – comme tous les autres Vaisseaux Merveilleux – fait circuler le Jing. Il a donc une relation avec le Rein qui stocke Qi et transforme le Jing, puisque tous les Vaisseaux Merveilleux prennent naissance entre les deux reins.

Le traitement consiste donc à travailler tout d’abord le fond, c’est-à-dire à revitaliser le Vaisseau Pénétrant. Dans le cas d’un vide important il ne faut pas hésiter à utiliser la lampe chinoise pour recharger l’organisme, en la plaçant sur la partie basse de l’abdomen et sur le bas du dos. Sinon, stimuler le point d’ouverture (RP4)  et le point couplé (MC6), suivre les 3 branches (voir planche ci-contre) et remonter le méridien du Rein avec rythme tonifiant.

Pour la suite, il est intéressant d’utiliser les points du Sang (qui sont tous listés ici), en particulier F1 et F8, puisqu’il s’agit de revitaliser le Foie. Si le vide de Sang du Foie est combiné à la présence de froid, n’hésitez pas à utiliser un moxa qui – contrairement à la lampe chinoise – permet de stimuler précisément un point en particulier. Ensuite, stimulez le méridien du Foie et finissez par des pressions profondes (type Eau) et lentes pour ressourcer le Rein. N’oubliez pas les grands points de l’Estomac, comme E13, E25, E36, E42, mais surtout :

  • E18 qui régule le Qi et le Sang
  • E21 qui harmonise le Qi et évacue les stagnations
  • E29 qui stimule le Sang

En Shiatsu, ne rien négliger

Ce n’est pas parce que la médecine chinoise nous donne des informations sur le traitement à suivre qu’il ne faut pas écouter les plaintes du patient. Lorsqu’on interroge les personnes atteintes d’impatiences, elles décriront la zone des jambes qui les dérange le plus, ainsi que les sensations qu’elles ressentent. Vous verrez que pour un même syndrome, les témoignages peuvent être très différents les uns des autres.

Par exemple, la personne se plaint de décharges quasi électriques sur le côté externe de la cuisse et du mollet. Pensez alors à traiter le méridien de la Vésicule Biliaire et à vérifier qu’il ne s’agit pas d’une fausse sciatique. Comme la Vésicule Biliaire est liée au Foie, ce n’est pas un hasard si ce symptôme est assez fréquent. Dans d’autres cas, c’est le creux poplité qui est la source du problème et impose à la personne d’agiter frénétiquement le genou. Dans ce cas-là, il faut dégager au maximum le creux poplité et stimuler le méridien de la Vessie. Bref, répondez à la demande et n’oubliez pas de faire le lien entre la zone douloureuse et les méridiens. Par ailleurs, il est possible que de la chaleur apparaisse dans l’une ou l’autre des zones incriminées. Pensez alors aux points qui évacuent la chaleur (ils sont nombreux sur le méridien du Gros Intestin par exemple), en traitement local et distal.

Bon travail.

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[i] Sur le site http://www.prescrire.org, pas moins de 82 résultats de recherche apparaissent sur le thème des jambes sans repos.
[ii] Cf : embryogenèse selon la médecine chinoise